Laura Alcoba
“Minuit à bord”
Éditions Gallimard
À quelques minutes de la frontière espagnole, perché dans les Pyrénées françaises, l’hôtel du Belvédère, véritable paquebot de béton armé, pointe sa proue immobile vers la mer. À la faveur d’une résidence d’écrivain, l’autrice se retrouve seule occupante de l’imposant vestige des années 1930. Dans ce refuge chargé de la mémoire des voyageurs en transit, elle ouvre sa « mallette Fondane ». Fascinée par ce poète mort en déportation en 1944, elle y rassemble depuis des années tout ce qui le concerne.
Devant la mer, elle reconstitue l’enquête qu’elle a menée de l’autre côté de l’Atlantique, sur les traces du seul film de Benjamin Fondane, réalisé en Argentine grâce à Victoria Ocampo puis mystérieusement perdu, et fait revivre le trio indestructible formé par l’auteur du Mal des fantômes avec sa femme, Geneviève, et sa sœur Line.
La folie qui monte en Europe à la fin des années 1930, l’existence brisée du trio trouvent aujourd’hui un écho troublant, que Laura Alcoba souligne avec une grande sensibilité.
Isabelle Cornaz
“Bahia”
Éditions la Baconnière
“Ma tante laisse le temps s’étirer. Lorsqu’elle met des légumes à bouillir, plutôt que de les égoutter lorsqu’ils sont déjà mous, quand elle est en train de parler et ne veut pas s’interrompre, elle me dit : rajoute de l’eau !”
Interrogeant la mémoire de sa famille et ses souvenirs d’enfance, Isabelle Cornaz tisse l’histoire de Palamós, lumineuse petite ville portuaire qui étend ses toits-terrasses face à la mer, au nord de Barcelone. Sa mère y a grandi avant d’émigrer en Suisse et la narratrice s’y rend chaque année pendant les vacances. Elle arpente ce territoire qu’elle connaît intimement, entretenant un rapport équivoque avec ce lieu, d’où elle vient sans y avoir vécu.
Tournant le dos à la mer, l’autrice raconte les histoires individuelles qui disent la guerre civile, le franquisme, le développement programmatique du tourisme… Entre un soleil accablant et une mer menaçante, elle compose une voix, pour que les silences hérités peu à peu se dissolvent.